Lettre ouverte de Child Focus : Chère Belgique, nous devons parler de nos enfants

Child Focus News

15-07-2020

Lettre ouverte de Child Focus : Chère Belgique, nous devons parler de nos enfants

Allons directement au but, car le sujet ne demande pas d’introduction. Nous sommes à la mi-juillet 2020 et nous avons déjà plus de dossiers d’atteinte à l'intégrité sexuelle des enfants que sur l'ensemble de l'année 2019. Ceci signifie que depuis le début du confinement :

  • le nombre de signalements de grooming en ligne a presque triplé (adultes abordant des mineurs en ligne ayant comme objectif ultime l'abus sexuel)
  • les dossiers relatifs au sextortion (extorsion sexuelle) de mineurs ont augmenté de +118%.
  • le nombre de plaintes de jeunes, harcelés sexuellement en ligne a doublé.
  • le nombre de signalements d'images d'abus sexuels via notre point de contact civil stopchildporno.be a triplé.
  • à l'échelle européenne, le dernier rapport d'EUROPOL fait état d'une multiplication par dix du nombre d'images d'abus sexuels détectées au mois de  mars.

On dit qu’on ne doit pas trop s’en faire pour nos enfants, qu’ils ne courent pas trop de risque de tomber malade… Mais bien au contraire. La réalité pandémique est telle que ce sont probablement les enfants qui en sont les plus grandes victimes. Le monde des adultes était tellement obsédé et concentré sur le virus que nous avons ignoré l’univers, la santé (mentale) et l'intégrité de nos enfants.

Ceci aurait-il pu être évité ? Dès le début de la pandémie, les spécialistes ont mis en garde contre ce qu'un confinement pourrait signifier pour de nombreux enfants, mais leurs conseils ont été ignorés. En Belgique, les écoles ont été fermées, les activités de loisirs et de sport ont été suspendues. Rester à l'intérieur était le mot d’ordre. A la rue de la Loi, on ne semblait pas penser à l'impact de tout ceci sur les enfants et les jeunes fragilisés. Sans nous en rendre compte, nous avons condamné certains enfants à la maltraitance, à l'exploitation et aux abus.

Cela vous surprend-il que davantage d'enfants soient exploités ou abusés sexuellement alors qu'ils sont juste chez eux ? L'idée que les enfants soient victimes d'un tiers inconnu a depuis longtemps été contredite par la dure réalité : les enfants sont généralement victimes d'un proche. Il s'agit même souvent de quelqu'un qui vit sous le même toit. 

De plus, pour permettre aux parents de faire du télétravail en toute tranquillité, les enfants ont passé plus de temps que jamais sur internet et les réseaux sociaux. Ceci leur a donné beaucoup d'opportunités mais a aussi augmenté les risques. Surtout pour les jeunes qui sont moins suivis. Nous savons qu'en deux ans, l'âge moyen pour obtenir son premier smartphone est passé de 11 à 9,6 ans. Tous les enfants, mais surtout les plus jeunes, ont un besoin énorme de formation et d’éducation aux médias. Mais ces cours ne sont pas repris dans les premiers degrés du secondaire.  De nombreux jeunes sont donc laissés pour compte, avec pour conséquence des comportements parfois indésirables en ligne.

Le confinement a également entraîné une diminution du contrôle social sur les auteurs. Dès le début du lockdown, des amateurs et prédateurs se sont retrouvées dans les recoins les plus sombres d’internet, sachant qu'ils pouvaient passer beaucoup plus de temps en ligne sans être dérangés. Aucune sécurité du réseau par l'entreprise, aucun danger de la part d'un collègue de passage, rien ni personne ne les dérangerait lors de la recherche et de la visualisation d'images d'abus sexuels sur des enfants. Et malheureusement, là aussi, les lois du marché de l'offre et de la demande jouent un rôle. Par conséquent, du nouveau matériel a été produit. Partout dans le monde, y compris en Belgique, des enfants étaient à la portée de personnes mal intentionnées. Des gens qu'ils connaissaient et en qui ils avaient confiance, mais qui ont trahi cette confiance en les abusant et en les exploitant.

Comme si tout cela ne suffisait pas, les chances pour les auteurs de se faire attraper sont très minces. Les enfants n'osent pas ou ne peuvent pas raconter leur histoire, sont manipulés ou même menacés de se taire et ne sont pas toujours crus s'ils trouvent le courage d'en parler. Par conséquent, très peu de ces faits sont rapportés. La police et les autorités judiciaires n'ont pas la capacité de traiter toutes les images signalées ou interceptées. Seuls 20 % environ du matériel relatif aux abus sexuels sur les enfants peut être analysé.

Notre indignation est grande face à l'absence de réactions des hommes et femmes politiques pour apporter le changement indispensable et urgent. Au grand jamais, nous ne pouvons accepter ces faits, jamais nous ne devons baisser les bras ! Nous sommes redevables à nos enfants de ne pas les abandonner face à ces horribles formes d'exploitation sexuelle. Au contraire, nous appelons chacun à conclure un pacte dans lequel nous unissons toutes nos forces dans l'intérêt de chaque enfant ! 

Décideurs politiques, unissez-vous au-delà des frontières de vos partis pour faire de la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants une priorité absolue. Pour Child Focus, les cinq points d'action suivants sont à considérer comme cruciaux à court terme.

  1. La lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs, tant en ligne que dans le monde réel, doit être considérée comme une priorité absolue par le gouvernement et doit être inclue en tant que telle dans l’accord gouvernemental ;
  2. L'éducation aux médias doit être prise en compte dans les programmes de l'enseignement primaire et secondaire. La sexualité doit également en faire partie.
  3. Des moyens plus structurels doivent être mis à disposition pour donner à la police, au parquet, aux organisations et services d’aide aux victimes, la marge de manœuvre nécessaire dans la lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs ;
  4. Les acteurs qui entrent en contact avec les victimes (potentielles) d'exploitation sexuelle, tels que la police, le parquet, les enseignants et les conseillers, doivent recevoir la formation nécessaire pour identifier rapidement les victimes et prendre les mesures nécessaires ;
  5. Les fournisseurs de services en ligne portent une grande responsabilité et doivent être obligés à lutter de manière proactive contre l'exploitation sexuelle des mineurs sur leurs plateformes. Ceci repose sur un accord de collaboration entre tous les acteurs concernés, tels que la police, le parquet et les services d’aide.
  6. Il est urgent mettre en place une structure spécialisée d’écoute, de soutien et d’orientation à destination des auteurs potentiels d’actes sexuels à l’égard des mineurs, à l’image de celles en Flandre et dans nos pays voisins.  

Citoyens belges, vous aussi pouvez faire quelque chose ! Si vous remarquez quelque chose en ligne ou hors ligne, ne détournez plus le regard mais signalez-le à la police ou à Child Focus sur le site www.stopchildporno.be ou via notre numéro d'urgence 116 000. Aux enfants et jeunes qui ont subi et doivent vivre avec ce « grand secret », il faut en parler... il faut se confier à quelqu'un ou en discuter via www.maintenantjenparle.be. Ne reste pas seul avec ton problème !

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