Le laxisme du verdict dans l'affaire Azraël, la plus grande affaire d'exploitation sexuelle de mineurs en Belgique, est une gifle en pleine figure pour toutes les victimes

Child Focus News

31-03-2020

Le laxisme du verdict dans l'affaire Azraël, la plus grande affaire d'exploitation sexuelle de mineurs en Belgique, est une gifle en pleine figure pour toutes les victimes

Bruxelles, le 31 mars 2020 – Aujourd'hui, le tribunal de Termonde a rendu son jugement dans l'affaire « Azraël », un procès à l’encontre de cinq personnes clés dans le plus grand procès d'exploitation sexuelle jamais vu dans notre pays. Child Focus s’était constituée partie civile au nom de toutes les victimes non identifiées et était ce jour représentée au tribunal par son avocat, Maître Kris Luyckx. Toutefois, le tribunal a condamné les accusés à des peines exceptionnellement laxistes, allant de l'internement à des peines de prison de 5, 6, 7 et 16 ans, dont la plus grande partie a déjà été purgée en détention préventive et dont seulement la moitié doit être réellement prestée. À l'exception de deux d'entre eux, les accusés seront bientôt à nouveau libres. Child Focus est donc vraiment indignée par ce jugement.

Ce jugement est une véritable gifle pour toutes les victimes. Pensez à toutes les souffrances qui ont été infligées. Ces victimes sont marquées à vie et, contrairement aux coupables, elles ne s'en tirent pas à si bon compte. Pas après 5, 6, 7 ou 16 ans (ou la moitié de ceci en cas de libération anticipée), car elles portent les blessures pour le restant de leur vie.

Ce jugement donne également un signal totalement erroné aux auteurs (potentiels) et à la population en général. 15 téraoctets d'images d'abus sexuels de mineurs ! Si vous savez que cela correspond, accrochez-vous, à tous les textes de quinze grandes bibliothèques universitaires, alors la terrible réalité est telle que nous devons parler de millions de photos et de vidéos d'enfants sans défense. Des millions d'images d’abus, de toutes catégories (des nouveau-nés jusqu’aux contenus violents), dont une grande partie est du matériel nouveau. Elles ont été échangées lors des marchés de Noël, mais aussi par le biais des médias sociaux, des messages privés, des chats, Teamviewer, du darkweb et d'autres moyens de communication.

De plus, il ne s'agissait pas seulement de fabriquer et de distribuer du matériel. Les hommes qui viennent d'être condamnés à l’instant, s'adressaient à des mineurs via des médias sociaux tels que Omegle, incitaient d'autres adultes à abuser sexuellement d'enfants et se rendaient eux-mêmes coupables d'abus flagrants et concrets dont, outre les victimes connues, il existe également de nombreuses victimes non identifiées. Mais ce n'est pas tout. Ils se sont également rendus coupables d'un trafic d'enfants impitoyable et organisé, un réseau criminel. Ils ont « prêtés » leurs fils les uns aux autres et des voyages ont été réservés afin de faciliter l'abus et la réalisation des images.

Malgré la grande complexité de l'affaire et les immenses défis de la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, les enquêteurs avaient réussi à mettre au jour ce réseau très dense, mais ce jugement réduit presque ce travail acharné à néant.

En outre, il est frappant de constater que les condamnés ont peu ou pas du tout de sentiment de culpabilité, car selon certains, ils sont pédophiles et n’y peuvent rien, ou encore, il n'y avait pas de thérapie adéquate disponible. Et cela nous inquiète, bien sûr, car dans un tel cas, le risque de récidive est extrêmement élevé et met également en danger d'autres enfants qui deviennent dès lors des victimes potentielles.

Il va sans dire que les mesures de prévention et de suivi restent nécessaires, et pour nous cela commence chez les auteurs. Des soins et un soutien accessibles, abordables et confidentiels doivent être fournis dans notre pays aux délinquants faisant l'objet d'une mesure judiciaire, mais aussi aux délinquants potentiels, qui ont des sentiments, des fantasmes ou des pulsions pédophiles et qui ne sont pas connus des tribunaux. Nous continuons donc à plaider pour une notoriété maximale et davantage de ressources pour la ligne « Stop It Now » en Flandre, mais aussi pour une ligne d'assistance francophone pour les personnes ayant des sentiments pédophiles et qui peut orienter les délinquants et les délinquants potentiels vers un éventail d’aide plus étendu.

Seulement, ceci n’est pas suffisant. Nos juges doivent continuer à agir avec vigueur et à donner un signal clair en imposant des peines élevées et en continuant à suivre les délinquants. Il est donc très regrettable que cela n'ait pas été le cas aujourd'hui.

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