Rapport annuel de l’exercice 2016 de Child Focus

Child Focus News

02-05-2017

Rapport annuel de l’exercice 2016 de Child Focus

Un nombre record de dossiers de fugue

En 2016, Child Focus a traité 1 134 dossiers d’enfants et d’adolescents ayant fugué de leur domicile ou d’une institution. Il s’agit d’une augmentation substantielle, puisque ce chiffre correspond à une hausse de 10 % par rapport à la moyenne des quatre années précédentes. Cette hausse est en partie due au fait que le nombre de mineurs fugueurs qui fuguent à plusieurs reprises sur une année augmente systématiquement : 143 d’entre eux ont fugué de 2 à 8 (!) fois. La bonne nouvelle est toutefois que nous constatons une légère baisse du pourcentage de fugues très inquiétantes, qui passe de 16 % en 2015 à 14 % (161 dossiers) en 2016. 54 % des fugueurs sont âgés de 13 à 15 ans mais 8 % n’ont pas plus de 12 ans. Le fait que 30 % des fugueurs étaient, d’une manière ou d’une autre, placés en institution démontre que la fugue s’inscrit généralement dans un contexte problématique.

Moins de dossiers d’enlèvements parentaux internationaux

En 2016, Child Focus a traité 352 dossiers d’enlèvement parental international, ce qui constitue un recul sensible par rapport aux 400 dossiers en moyenne des années précédentes. Il faut aussi se réjouir du fait que le nombre de nouveaux dossiers ouverts depuis 2015 a considérablement diminué et était de 220 pour 2016. Par ailleurs, nous sommes particulièrement satisfaits de constater que le délai de traitement raccourcit, lui aussi : pas moins de 50 % des dossiers effectifs (dans le cadre desquels un enlèvement a effectivement eu lieu) ont pu être clôturés dans l’année ; en 2015, ce chiffre n’était que de 45 %. Cela nous réjouit qu’une majorité de ces enlèvements trouvent une résolution suite à un accord à l’amiable survenu entre les parents. Nous sommes convaincus  qu’il s’agit de la meilleure et la plus durable des solutions pour toutes les parties concernées, a fortiori pour les enfants. Raisons pour lesquelles un nouveau projet relatif à la médiation a été lancé.

Hausse des disparitions de mineurs étrangers non accompagnés (MENA)

En 2016, pas moins de 116 MENA ont été signalés disparus, généralement par la police, l’institution où ils séjournaient ou leur tuteur. C’est plus de trois fois plus qu’au cours des années antérieures. En outre, il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg : les chiffres du service de tutelle font état de la disparition de 284 MENA. De surcroît, en raison de l’afflux relativement important de réfugiés, un certain nombre de jeunes n’ont probablement été enregistrés nulle part. Seuls 64 des 162 dossiers (2016 et années antérieures) ont pu être clôturés, ce qui signifie que l’on a perdu toute trace de la majorité de ces MENA disparus.

Diminution notable – mais difficilement explicable – du nombre de signalements de cas de pornographie enfantine

En 2016, www.stopchildporno.be n’a reçu que 781 signalements alors que les années précédentes, ce nombre tournait systématiquement autour des 1 400. La raison sous-jacente mérite toutefois d’être éclaircie. La problématique de la création et de la diffusion d’images d’abus sexuels sur des enfants s’est-elle déplacée majoritairement vers le « dark web » et des réseaux secrets peer-to-peer, empêchant ainsi encore plus le grand public d’y être confronté par hasard ? Ou bien cette diminution est-elle simplement due au fait que nous avons relativement peu fait la publicité de notre point de contact civil, en attendant que les nouvelles compétences* de Child Focus en la matière soient concrétisées ? Quoi qu’il en soit, nous constatons que le point de contact ouvert par la police (eCops) enregistre une diminution similaire. Cette tendance à la baisse n’est pas visible dans les pays limitrophes, que du contraire.

Hausse des dossiers de « prostitution de mineurs »

Ces dernières années, le nombre de cas de prostitution (présumée) de mineurs signalés a considérablement augmenté : de 10 signalements en 2014, on est passé à 35 dossiers en 2015 puis à 60 en 2016. Il faut noter que pas moins de 2/3 de ces dossiers sont liés à des fugues. Nous constatons également que dans 37 cas, le mineur a été abusé par des proxénètes d’adolescents – un terme que nous préférons à celui, trop romantique, de « loverboys ». Il s’agit de personnes actives dans la traite des êtres humains qui soumettent des adolescents à leur bon vouloir en les abusant ou en les exposant à la contrainte, voire à la violence physique ou psychique, pour ensuite les exploiter dans la prostitution. Il va de soi que les conséquences de cette pratique sont extrêmement dommageables tant pour les mineurs concernés que pour la société dans son ensemble. C’est pourquoi Child Focus a lancé le site de prévention www.stoptienerpooiers.be avec le soutien du ministre du Bien-Être Vandeurzen – un site dont la version française www.stopproxenete-ados.be voit, aujourd’hui, le jour.

Nettement plus de cas de chantage sexuel auprès de mineurs

Dans le cadre de notre « ligne d’aide pour un Internet plus sûr » (accessible via le 116 000), nous avons noté une augmentation brutale des signalements de « sextortion » (inciter une personne à partager des selfies et des vidéos à caractère sexuel prises au moyen d’une webcam pour ensuite la soumettre à un chantage sexuel). Alors que ce phénomène était pratiquement inconnu jusqu’en 2015 (nous n’en faisions même pas état dans les statistiques), nous avons soudain enregistré 17 signalements en 2015 et leur nombre a même grimpé à 41 en 2016. Il est clair que les auteurs ne font pas de différence entre les adultes et les mineurs. Les mineurs ont, hélas, moins de mécanismes de défense. Child Focus conseille aux victimes de ne jamais payer et de déposer plainte systématiquement auprès de la police, malgré le sentiment de culpabilité ou de honte qu’elles peuvent éprouver. À défaut, le chantage continuera.

Croissance du grooming 

Le grooming est le terme utilisé pour désigner une stratégie de sollicitation systématique de mineurs via Internet ou sur les réseaux sociaux afin de les manipuler pour obtenir des faveurs sexuelles, sur Internet ou dans la « vraie vie ». En 2016, nous avons ouvert 48 dossiers contre 31 l’année précédente. Les victimes sont principalement des jeunes filles (vulnérables) de moins de 15 ans. La toute grande majorité des cas sont signalés par des parents ayant découvert des conversations inquiétantes.

Le sexting secondaire fait de plus en plus de victimes

Child Focus a été interpellée à 128 reprises pour des cas de sexting (62 dossiers en 2015). L’échange d’images de soi sexuellement connotées entre deux jeunes n’est en soi pas problématique mais cela le devient si celles-ci atterrissent dans la sphère publique. Nous parlons alors de sexting secondaire. Le terme « sexting » est une contraction de « sex » -sexe- et « texting » -SMS-. Le phénomène est surtout présent sur Facebook (69 signalements) et d’autres réseaux sociaux. Cette « mésaventure » est souvent particulièrement traumatisante pour les victimes. Il est donc essentiel de sensibiliser les jeunes, sans les culpabiliser, et de continuer à impliquer l’industrie du Net dans les efforts de prévention fournis.

Prévention et formation

Child Focus mène incessamment des campagnes de sensibilisation pour continuer à attirer l’attention sur les problématiques de disparition et d’exploitation sexuelle des enfants.  Avec nos trois campagnes en 2016, nous avons atteint des millions de personnes : « Faites vivre l’espoir » a attiré l’attention sur six enfants disparus depuis longtemps en utilisant une technique 3D, « La Pièce d’Espoir » a invité les citoyens à propager l’espoir de retrouver les enfants disparus en faisant circuler une pièce de monnaie, frappée à un million d’exemplaires, à l’effigie de Liam, disparu depuis 20 ans et « Estimez votre trésor » a conscientisé le grand public à la nécessité de combattre, tous ensemble, l’exploitation sexuelle des enfants. Mais il est également important de continuer à sensibiliser à plus petite échelle, de façon plus ciblée : nous avons ainsi organisé des événements ludiques à la mer relatifs à la sécurité en ligne (Surf Safe) et avons collaboré autour du même thème avec Oxfam. 

Nos formations soutenues par le crowdfunding

En collaboration avec, entre autres, le Gezinsbond et la Ligue des familles nous avons informé 3 500 parents  sur la sécurité en ligne. 600 professionnels issus de l’enseignement ordinaire ou spécialisé ont été formés à nos outils pédagogiques. Plus de 200 employés de Microsoft et Proximus ont dispensé à des milliers d’écoliers des ateliers de sensibilisation sur une utilisation intelligente d’Internet en se basant sur notre matériel didactique. Nos collaborateurs ont donné des formations à plus de 400 professionnels, travailleurs sociaux et policiers. 30 volontaires-ambassadeurs ont sensibilisé 8 200 enfants de 10 à 12 ans en utilisant le nouveau jeu didactique « Dossier 116 000 ». Nous souhaiterions renforcer cette activité en faisant appel au crowdfunding : www.growfunding.be.12500kids.

Version de notre rapport annuel plus détaillée en ligne

La version imprimée de notre rapport annuel se présente, cette année, sous la forme d’une synthèse. Vous pouvez la commander gratuitement, sur simple demande, via : info@childfocus.org. A cette adresse,  www.childfocus.be/fr/rapportannuel2016, vous trouverez une version digitale plus étoffée (liens menant à des pdf).

Plus d’infos : Maryse Rolland 0479 303021 & Dirk Depover 0476 959504

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